Pèlerin, prends ton bâton !

Une nouvelle année qui commence offre toujours l'illusion d'un nouveau départ. D'où les bonnes résolutions que nous prenons. Parfois, ca marche ! Et tant mieux. Mais souvent le 31 janvier, on se rend compte qu'on est de nouveau à la case départ, celle du 31 décembre. Malgré toute notre bonne volonté, rien ne change vraiment.

Mon experience est que pour que les choses changent, il faut effectivement changer quelque chose. Si on ne change pas une équipe qui gagne, en revanche on change une équipe qui perd. Alors changer quelque chose, mais quoi ?

Il est bon de rappeler le B-a Ba. Au fronton de tous les temples du développement personnel vous lirez, à juste titre, que la seule façon de changer sa réalité, notamment les autres, c'est de se changer soi-même. Ou encore, la seule personne que l'on peut changer, c'est soi même. et que ce changement de soi implique de changer sa vision de la réalité et de l'autre. Autrement dit : votre monde est noir, parce que vous voyez le monde en noir. Voyez le monde en rose et il deviendra rose. Et de fait, c'est vrai, mais le noir ne se transforme pas en rose par magie.

Donc comment passer du noir au rose? 

Russ Hudson, mon professeur et auteur de La Sagesse de l'Ennéagramme, une figure de renommée dans le champ de la transformation humaine, commence toujours ses sessions en disant qu'il n'y a pas de transformation sans transformation du coeur. Autrement dit, le seul moyen de changer, où la première chose à changer, c'est son coeur.

Pourquoi ? Pour répondre à cette question, il faut comprendre le rôle du coeur, encore appelé "centre émotionnel". Les soufis ont cette très jolie formule qui me parle beaucoup : "Le coeur, c'est la langue de l'âme". La langue est l'organe par lequel nous goûtons les choses, c'est cette langue qui nous dit le goût et la saveur de ce que nous vivons, de ce que nous sommes, de ce qu'est la vie. 

Depuis notre plus jeune âge, chaque chose goûtée est enregistrée, mémorisée. Autrement dit, notre "palais" se façonne peu à peu. Les saveurs douces, les saveurs amères, les saveurs douloureuses... Je suspecte que ces dernières s'impriment davantage que les autres, ou prennent plus de place et il arrive un moment où le coeur, qui en a marre de goûter et de souffrir, dit STOP. Un coeur qui ne goute plus, c'est un coeur qui se protège, mais c'est aussi un coeur qui devient ce fameux "coeur de pierre". Non seulement un coeur de pierre ne palpite pas, mais il ne peut pas accueillir grand chose non plus. Tout rebondit sur lui avec un son de caillou.

Une chose est "rassurante" -- et tous les experts le confirment : il est difficile d'arriver à l'âge adulte avec un coeur intact. Cela fait partie de la condition humaine d'avoir un coeur blessé et défensif. Nous sommes donc tous logés à la même enseigne et la suite est une question de degré. Le plus simple est donc de commencer par regarder ce coeur en face avec humilité et de l'accepter. Oui, j'ai des blessures, et ces blessures me font souffrir et sont un frein dans ma vie. Ce moment de vérité s'accompagne normalement de compassion. Et bonne nouvelle, la compassion est le signe que le coeur n'est pas mort et qu'il palpite encore.

L'étape suivante est capitale, mais malheureusement très difficile à comprendre : "le propriétaire, et donc le gardien et responsable de ma souffrance, c'est moi-même!" Là, en général, Dame Raison bloque et proteste vigoureusement. 

Prenons une grande respiration et explorons un peu : pourquoi ce qui va blesser l'un laisse indifférent un autre? Pourquoi certains pardonnent et se relèvent et d'autres ruminent, chutent et font chuter ? Parce que nous sommes les gardiens de notre souffrance et de nos blessures. C'est nous qui avons la clé de l'endroit où elle se loge et qui décidons de la place que nous lui accordons. Et c'est aussi nous qui refusons de nous en défaire tant notre vie est organisée autour d'elle.

Alors résumons : 1) J'ai un coeur blessé en certains endroits, je l'accepte et embrasse cette réalité avec compassion. 2) J'accepte 100% de responsabilité, non pas sur les choses que je vis, mais sur la façon dont je les accueille, les vis et les digère. Et on peut ajouter : 3) La façon dont je vis ces souffrances est souvent source de nouvelles souffrances pour les autres et pour moi. Nous connaissons tous ce cercle vicieux et le couple en est le terrain de jeu favori.

Alors que faire ? 

Je ne connais pas tous les chemins qui mènent à Rome, mais j'en connais au moins un, pour l'avoir pratiqué, par tous les temps et pendant longtemps : C'est le beau et noble chemin de la Connaissance de Soi. La beauté de ce chemin est entre autres qu'il est accessible à tous et qu'une boussole infaillible existe pour nous guider : l'Ennéagramme, outil de connaissance de soi par excellence.

Se connaitre, c'est changer son regard sur soi, c'est comprendre et gérer ses émotions, notamment sa colère et sa peur, et c'est aussi et surtout se réconcilier avec soi-même et apprendre à s'aimer. 

Se connaitre, c'est comprendre qu'"aimer l'autre comme soi-même" est la seule chose possible dans ce domaine. C'est aussi être alchimiste puisque la pierre froide de son coeur peut de nouveau devenir chair qui palpite. 

Ainsi la connaissance de soi est un moyen, de nature psychologique, donc à notre portée -- et donc de notre devoir. Mon voeu est que cette idée fasse son chemin chez vous en 2019 si vous n'en êtes pas encore convaincu.

Pour autant, j'aime aussi penser que cette connaissance de soi n'est pas une fin en soi, mais seulement un moyen. Car nous sommes heureusement bien davantage que notre structure psychologique.

J'en viens à ce qui est pour moi l'essentiel : se transformer, c'est aussi faire une place à ce qui est en nous mais qui ne vient pas de nous. Nous sommes porteurs de la Vie, et la Vie est, par définition, énergie de transformation et conscience. Il nous faut donc accepter que cette Vie reçue est un chemin de transformation de notre conscience et que nous sommes tous pèlerins sur ce chemin. Concrètement cela veut dire qu'il faut chaque jour se lever, prendre son baton de pèlerin et se laisser porter par cette énergie pour avancer. Jamais on n'a le droit de dire que les jeux sont faits, que les portraits sont figés, que les routes sont barrées. Transformer son coeur, c'est aussi s'ouvrir à la force et la puissance de transformation de la Vie. Cette force, c'est l'Esprit qui souffle et qui est la source et la nourriture de notre conscience. N'hésitons pas à dire qu'il nous rend sains, voire qu'il est Saint.

Cher lecteur, si vous êtes pèlerin, faites un premier pas : le prochain week-end "Connaissance de soi" que j'anime est le 2-3 février à Paris. Informations et inscriptions.

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