Visions poétiques de 4 : Christian Bobin

CHRISTIAN BOBIN - Le huitième jour de la semaine.

 

De la vie ordinaire et monotone

 

Qu’est-ce donc que la vie ordinaire, celle où nous sommes sans y être ? C’est une langue sans désir, un temps sans merveille. C’est une chose douce comme un mensonge. Je connais bien cet état. J’en sais — par le coeur — la banalité et la violence. P 8

 

A quoi bon raconter des histoires, si soi-même l’on est devenu semblable à une histoire monotone et sans grâce ? Toujours j’ai connu ces absences, toujours je les connaitrai. Elles ne m’inquiètent pas, elles ne m’inquiètent plus. P 9

 

Une ode à la beauté

 

La beauté est là, au dehors : à l’envers des châtaignes, sur les chemins, à l’angle d’une fenêtre, sur le fruit sombre des ronces, sur la poussière des routes et dans le vert des rivières, partout. La beauté, c’est à dire la vie. La vie massive et ténue, la vie sans entailles. La vie sans fard. P 11

  

L’étrange est au fond que la grâce nous atteigne, quand tous nos efforts tendent à nous rendre inaccessibles. L’étrange étant que — par la faveur d’une attente, d’un regard, ou d’un rire — nous accédions parfois à ce huitième jour de la semaine, qui ne commence et ne s’épuise en aucun temps. C’est dans l’espérance de telles choses que je vis, et c’est sous cette lumière que j’écris, goûtant à la beauté des jours qui s’en vont. P 51

 

A l’enfant qui me demanderait ce que c’est que la beauté — et ce ne pourrait être qu’un enfant, car cet âge seul a le désir de l’éclair et l’inquiétude de l’essentiel — je répondrais ceci : est beau tout ce qui s’éloigne de nous, après nous avoir frôlés…La beauté est l’ensemble des choses qui nous traversent et nous ignorent, aggravant soudain la légèreté de vivre. P 53

Combien de mois, combien de vies faut-il pour écrire une phrase qui égale en puissance la beauté des choses ? P 58

 

Je parlais comme à l’accoutumée : beaucoup trop, comme chaque fois que la beauté des choses me fait souvenir de l’émerveillement de vivre, agissant en moi comme une subtile ivresse et rompant ce silence qui me sert dans le monde, où je m’ennuie. P 66

 

Mystère, Profondeur, Intimité...

 

Nous sommes sans défense devant notre vie. Nous ne pouvons que l’accueillir, rien de plus. P 27

 

Que quelqu’un nous protège, c’est l’évidence. Nous sommes si absents de nos heures, qu’il faut bien qu’un ange en ait la garde, époussetant les ombres sur le cadran solaire.

 

Je pense à ce qui, au centre de vous, est comme au centre de moi. P 43

 


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Commentaires: 1
  • #1

    Juan José (mercredi, 16 janvier 2019 16:34)

    Bonjour Dorothée,

    Décidément, j’ai l’impression que nous avons bien de points en commun !!

    Autre l’Ennéagramme et le monde carcéral, liés sans doute à une certaine spiritualité chrétienne, voici maintenant la littérature...au travers d’un de mes poètes favoris francophones et qui me nourrit depuis des années : Christian Bobin...

    Il est certain que si tu passais prochainement en Belgique ( j’habite actuellement près de Dinant), n’hésite pas à me le communiquer, je t’invite boire un verre et passer un moment ensemble pour poursuivre le partage de nos vies, à travers ces trois ponts de vie...

    Bàt

    Juan José