Au coeur de l'Ennéagramme : la Passion


 

Pour plonger au coeur de l'Ennéagramme, et comprendre la portée de cette connaissance...

 

La structure d’un type Ennéagramme repose, entre autres, sur une Passion. 

Il existe donc neuf Passions, correspondant aux neuf types Ennéagramme. Nous pouvons bien-sûr, au cours de notre vie, faire l’expérience de chacune de ces Passions, mais l’une d’entre elle va être dominante et jouer un rôle central tout au long de notre vie.

 

On attribue la définition de ces neuf Passions aux premiers ermites de l'ère chrétienne, retirés du monde et vivant en communautés dans le désert d'Egypte, afin de se rapprocher de Dieu. L’un d’entre eux, Evagre le Pontique, un lettré, a consacré sa vie de solitude à l’étude de ce qui sépare l’homme de Dieu ou encore de sa nature profonde, et en a ainsi défini huit sur les neuf que nous connaissons. Par la suite, au Vème siècle, le pape Grégoire le Grand les a ajoutées au dogme chrétien sous le terme des « péchés capitaux », et il en retenu 7. Pour approfondir : Lire

 

Le terme Passion en Ennéagramme doit se comprendre en se référant à l’étymologie grecque du mot : souffrir.  Ainsi, la passion est ce qui fait le plus souffrir. Don Riso la définit, comme le coeur, le noyau central de notre souffrance, ce qui nous détourne de notre vocation humaine d’amour de Dieu, de soi et des hommes.

 

Apprivoiser cette passion marque un tournant décisif dans l’étude de son type Ennéagramme. C’est en effet une clé capitale qui permet d’accéder à de nouveaux horizons de compréhension de son être et de son vécu. Tant que cet aspect de la personnalité n’a pas été intégré intimement, la connaissance qu’on a de soi reste incomplète.

 

Le problème réside dans la découverte même de cette Passion centrale. Car elle est souvent, pour la personne, inaccessible, purement et simplement inintelligible.

 

Quand on découvre son type de personnalité, les différents aspects, besoin fondamental, désir et peur premiers, mécanisme de défense, direction de stress et de sécurité, etc. prennent leur place graduellement au fur et à mesure qu’on les rapproche de sa propre expérience. La Passion, au contraire, est souvent immédiatement rejetée en bloc. Car elle ne fait pas sens, elle n’a pas de sens. Il y a déni total. Dans mon cas personnel, avant que je ne suive une formation sérieuse, je suis restée dans ce déni plus d’un an.  “Tout s’applique, sauf ça, …mais ce n’est pas grave, ce doit être un détail, puisque le reste du type 9 me correspond.”

 

Sauf que justement, ce n’est pas un détail mais une pièce centrale du puzzle.

 

Pourquoi ce déni de la Passion ?

C’est un angle mort de notre conscience : quelque soient nos bonnes intentions, on ne peut pas la voir : notre personnalité est bâtie sur l’illusion que nous sommes tout le contraire. Elle est donc en contradiction totale avec l’image que l’on a de soi, et pire encore, de l’image que les autres ont de nous et qu’ils nous renvoient.

 

Prenons l’exemple du type 9. Sa passion est la paresse, ou l’indolence. 

Moi, dans la paresse ? JAMAIS ! Jamais de toute ma vie, je n’ai été "paresseuse", jamais je ne me suis laissée l’occasion de m’ennuyer une seule seconde. C’est tout simplement l’opposé de moi... Telle fut ma réaction viscérale et immédiate.

 

Comment donc apprivoiser cette idée de paresse? En disséquant le type 9, pour bien le comprendre…

Le type 9 désire, avant toute chose, être en union profonde avec son entourage, il redoute plus que tout la séparation, la fragmentation, soit être un fragment séparé du tout. L’expérience de l’harmonie est son ressort principal, un besoin, une nécessité.Qui dit peur de la séparation, dit peur des conflits ou de tout ce qui viendra rompre l’harmonie et l’union.

 

Ce désir d’harmonie répond à l’essence, ou aux qualités intrinsèques de la personne. Ainsi, le 9 est doué pour créer, maintenir, préserver l’union et l’harmonie : inclusif, tolérant, acceptant l’autre sans le juger, patient, modeste, de contact facile, etc. 

 

Ainsi la meilleure stratégie pour ne pas menacer l’harmonie et l’union est d’utiliser toutes ces qualités et :

  • d’être attentif aux besoins des autres que l’on s’efforcera de satisfaire en oubliant, s’il le faut, ses propres besoins : “si mon entourage est bien, si mon environnement est en ordre, alors je suis bien, et nous sommes bien ensemble”. Petit à petit, le 9 se retire de l’équation et devient une variable négligeable. Il préfère vivre par procuration, en fusion avec l’autre, dédié au service de l’harmonie et de la communion qui lui sont si chères. Il se met, intérieurement, en roue libre.
  • satisfaire les besoins de l’autre, maintenir le status quo, l’harmonie pour les autres, mais aussi pour soi-même, requiert beaucoup de travail, beaucoup de gestes, beaucoup d’attention et d’énergie. C’est toute une machine à faire tourner. Ainsi le 9 est effectivement très actif.  C’est le type, en apparence, le moins « paresseux » qui soit. Son agenda est toujours bien rempli…par celui des autres. Ce niveau d’activité participe également de la paix intérieure du 9 :  “je remplis ma vie par plein de petites choses, jolies et sympathiques en soi, mais qui n’ébranlent pas l’équilibre, si cher au 9 : pas d’enjeu, pas de challenges, pas de prise de risque, pas de choix difficiles. Tout va ainsi au mieux dans le meilleur des mondes”. Du moment que la paix est préservée, tout va bien, statu quo et paix à tout prix !

Sauf que le prix à payer est cher, très cher. A force de jouer ce jeu là, le 9 se sent devenir réellement une variable insignifiante. Toute entreprise devient alors une montagne infranchissable vouée à l’échec qui entrainera souffrance et perte d’harmonie. 

 

Entreprendre quelque chose pour moi-même? A quoi bon? Je n’en ai ni le temps, ni les ressources, ni l’énergie : cela ne mènera à rien, c’est voué à l’échec

Et puis pour faire quoi ? J’ai oublié qui je suis, ce que je veux, ce que je peux faire...Le monde n’a pas besoin de moi, ma présence est insignifiante…A quoi bon?

 

La paresse existentielle du Neuf est maintenant évidente. Le coût de vivre, de passer la première vitesse, est trop élevé. L’harmonie et le besoin de communion en souffrent trop. Et là réside l’erreur fondamentale qui est de croire que cette stratégie de paresse existentielle mènera à l’harmonie, si chèrement désirée.

 

Comme tout jeu de l’Ego, il est perdu d’avance. Le 9 qui se laisse devenir petit rien insignifiant, transparent et invisible, finit par couler avec fracas! Heureusement cette chute peut être pour lui l’occasion d’un sursaut. Sa colère enfouie et oubliée ressurgit, il implose, il explose avec un seul cri : “je veux exister”…et j’y consacrerai désormais toute l’énergie nécessaire. 

 

Adieu la paresse existentielle ?

Certainement pas, elle est constitutionnelle du 9. C’est comme une tentation qui revient toujours, à la moindre occasion. L’ancien fumeur connait cette tentation qui ne le quitte jamais. c’est du même ordre. Le 9 la voit apparaitre, roder, régulièrement. Une fois qu’il en connait l’existence, il peut la toucher, elle est palpable. Chaque fois, s’il le veut, il peut toutefois la démolir. C’est un effort, une bataille...

 

Voilà pourquoi ce piège central de la personnalité s’appelle Passion : c’est une bête tapie qui revient toujours et qui, si l’on n’y prête garde, nous fait tomber. Chaque chute est une souffrance sourde.

 

Heureusement, il y a une autre option : "it doesn't have to be that way !", nous disaient à chaque fois Don Riso et Russ Hudson. Ainsi, chaque fois que le 9 gagne la bataille de sa passion, la magnifique vertu du 9, "l’Engagement", advient. Et là, ce n'est plus du tout la même chose ! La vie, soudain, a un tout autre goût.

 

Découvrir son type Ennéagramme et regarder sa Passion en face peut changer une vie !