Morceaux choisis


Préface 

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De la souffrance

 

"Gurdjieff a dit quelque chose d’étrange et de paradoxal : la dernière chose à laquelle les êtres humains sont prêts à renoncer est leur souffrance. Est-il possible que cela soit vrai ? Et si c’est vrai, comment l’expliquer? 

 

D’abord, notre souffrance nous est familière. C’est ce que nous connaissons, elle nous semble plus rassurante que toute autre situation inconnue....La seconde raison est probablement plus importante et ne doit pas être sous-estimée. Une grande part de notre personnalité repose sur notre attachement à notre souffrance, soit à l’ensemble de nos complaintes, tensions, conflits, récriminations, drames, explications, projections, justifications, et à l’« énergie » que cela fournit. Nous pourrions même dire que c’est la racine même de notre personnalité. Si notre souffrance – et tout ce qui l’accompagne – disparaissait, qui serions-nous ? 

 

Si tout allait bien, s’il n’y avait rien qui « cloche » en nous, nous aurions à affronter la peur d’être seul face au présent, et nous aurions à assumer la responsabilité de qui nous sommes. Nous aurions à être prêts à faire des choix et à les mener jusqu’au bout. Il n’y aurait plus de reproches, plus de passé ressassé, plus de spéculations sur le futur. Nous deviendrions simplement un être humain vivant, bravant le vaste mystère de l’existence. En fait, nous deviendrions simplement ce que nous sommes déjà, sauf que désormais nous le reconnaitrions pleinement, et vivrions de cette vérité."

 

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