Un paysage intérieur de 5, avec Benoit XVI

BENOIT XVI, Dernières conversations

avec Peter Seewald

 

Ici, avec ces extraits de conversation au soir de sa vie, Benoit XVI nous dépeint un paysage intérieur du point 5 de l’Ennéagramme.

 

Ce qui m’a frappé à la lecture de cette conversation, c’est la très simple humilité de cet immense théologien : J. Ratzinger, jeune prêtre a joué un rôle majeur pendant le Concile Vatican II, par l’audace novatrice de sa pensée, et ensuite pendant les années Jean-Paul II. Homme de foi, il a du aller constamment à l’encontre de sa nature de « moine » et de « chercheur », pour se mettre au service de la vérité et de l’Eglise. 

 

Une définition du 5

Peter Seewald : Il n’incarnait pas le passé mais l'avenir, une nouvelle intelligence dans la connaissance et l'expression des mystères de la foi. Il possédait l'art bien particulier de débrouiller les sujets les plus complexes, de voir au-delà de la surface des choses. Science et religion, physique et métaphysique, pensées et prières — Ratzinger rassemblait tout cela pour aller véritablement jusqu'au cœur des questions. De plus, la beauté de son langage accentuait encore la profondeur de ses pensées.

 

Le cadeau de l’illumination

Si je ne comprends pas quelque chose, ce n'est pas parce que c'est faux mais à cause de ma petitesse.(…) Parvenir soudain à distinguer quelque chose qui ne vous était pas encore apparu est toujours un cadeau.

 

Je suis un chrétien tout à fait normal. Il s'agit bien sûr de reconnaître la vérité, qui est une lumière. Grâce à la foi, les hommes les plus simples sont éclairés, eux aussi, parce qu'ils voient ce que d’autres, si intelligents soient-ils, ne perçoivent pas. En ce sens, la foi est une illumination. Chez les Grecs, le baptême s'appelait photismos, illumination, l'accession à la lumière, à la vision. Mes yeux s’ouvrent. Je vois cette dimension tout à fait différente, Invisibles aux seuls yeux de mon corps.

 

La philosophie, une interrogation éternelle pour ouvrir de nouvelles portes

Saint Augustin interprète la parole du psaume « Recherchez toujours sa face » en disant : Ce toujours vaut pour l'éternité entière. Dieu est si grand que nous n'aurons jamais fini. Il est toujours nouveau. C'est un mouvement perpétuel, infini, de nouvelle découverte et de nouvelle joie.

 

Je n'avais pas envie de me contenter d'une philosophie éculée, rebattue. Pour moi, la philosophie devait être une interrogation : "qu’est-on réellement ?" Je voulais avant tout découvrir ce qu'il y avait de nouveau, m’engager dans la philosophie moderne. En ce sens oui j'étais moderne et critique. 

 

A l’époque, je passais pour quelqu'un de jeune, qui ouvrait de nouvelles portes, s’engageait dans des voies inexplorées, ce qui explique que des personnes à l'esprit critique m’aient rejoint.

 

La raison, essentielle au coeur de l'homme

L'homme est un tout. Ce qui est entièrement étranger à la raison, qui se déroule intégralement à côté d’elle, ne pourrait pas s'intégrer dans la totalité de mon existence, et resterait en quelque sorte un corps étranger.

 

Humble et érudit

Peter Seewald : On n’aurait su imaginer deux papes plus différents : l’un mystique et profondément attaché à Marie (Jean-Paul II*). L’autre érudit et tout dévoué à Jésus. Ici un acteur, un homme de symboles qui recherchait le feu des projecteurs. Là l’humble « ouvrier des vignes du Seigneur», l’homme du Verbe désireux de renoncer aux effets. 

 

Aller contre sa nature pour servir

Peter Seewald : De quoi rêviez-vous quand vous avez cru, après la mort de Jean-Paul II, que vous aviez enfin fini de servir ?

 

Je me suis dit que maintenant j’allais enfin pouvoir écrire des livres en paix.

 

Je n'ai jamais considéré le pouvoir comme une force, mais comme une responsabilité, comme un poids accablant.

 

À propos de son élection : Je savais que je n'étais pas vraiment l’homme qu'il fallait. (…) c'était vraiment le sentiment que j'ai éprouvé : La guillotine.

 

Un proche le connaissant depuis le concile dit de lui : « Joseph Ratzinger est un intellectuel d’une intégrité absolue, mais en réalité, il n'y a que la recherche et l'écriture qu'il intéressent.» (Peter Seewald)

 

Sa réponse : Peut-être ai-je trop réfléchi, trop écrit, c'est possible. Il ne serait pourtant pas exact de prétendre que je n’ai fait que cela. (…) je n'ai jamais été uniquement professeur.

 

Peter Seewald : Vous rompez avec l'habitude de votre prédécesseur qui recevait des invités à la messe du matin et conviait régulièrement des visiteurs à déjeuner.

 

Je dois avouer que je n'aurais pas pu agir autrement. Le matin il me faut du silence et du recueillement pour dire la sainte messe. Je ne suis pas capable de me lancer immédiatement dans la nouvelle journée en rencontrant des gens. J'ai besoin de pouvoir célébrer la messe en petit comité et ensuite de pouvoir prier. Cela n'exclut pas que des gens puissent assister à la messe. Mais tous les jours de nouveaux visages, de nouvelles rencontres, dans des langues différentes en plus, je n'aurais pas pu le supporter. De même, après les rencontres de la journée j'ai besoin de prendre mes repas dans le calme. Je n'aurais pas pu recommencer à faire la conversation, voilà tout.

 

Peter Seewald : A quoi auriez-vous aimé vous consacrer davantage dans votre vie ?

 

Bien sûr, j'aurais été heureux de pouvoir faire plus de recherche. « Révélation », « écritures » « transmission »,  « qu'est-ce que la science théologique ? » : voilà l'ensemble des thèmes dont j'aurais aimé approfondir la recherche. Je n'ai pas pu le faire. Je suis tout de même satisfait de toutes les autres choses qui se sont produites. Dieu a voulu qu'il en soit ainsi. Pour moi, il va de soi que c'était bien.

 

Peter Seewald : Quelle est votre point faible, selon vous ?

 

Peut-être la conduite claire, déterminée du gouvernement et les décisions à prendre. A cet égard, je suis effectivement plus professeur, quelqu'un qui réfléchit aux choses de l'esprit et les médite. Le gouvernement pratique n'est pas vraiment ma partie, ce qui constitue, dirais-je, une certaine faiblesse.

 

Peter Seewald : quand on atteint un âge avancé, surtout lorsqu'on est pape, que reste-t-il à apprendre?

 

On a toujours des choses à apprendre. Pour commencer, il faut continuer à apprendre ce que la foi nous dit à notre époque. Et il faut apprendre à avoir plus d'humilité, plus de simplicité, à accepter la souffrance, avoir du courage pour résister.

 

Sa devise d'évêque : « Collaborateur de la vérité ».

Il n'est évidemment pas question de dire : « Je détiens la vérité ». C'est la vérité qui nous détient, elle nous a touchés. Et nous essayons de nous laisser guider par ce contact. J’ai repensé alors à la formule de la troisième épître de Saint-Jean disant que nous sommes des «collaborateurs de la vérité ». On peut collaborer avec la vérité, parce qu'elle est une personne. On peut s'engager dans la vérité, s’efforcer de lui donner de la valeur. Il m'a semblé que c’était, en dernière analyse, la véritable définition du métier de théologien, lui que cette vérité a touché, lui qui se tient face à elle, est désormais prêt à entrer à son service, à collaborer avec elle et pour elle.

 

* Jean-Paul II était probablement un type 3 en Ennéagramme. Article à suivre

 

(Tous ces textes, hormis les sous-titres et les textes en italique, sont les paroles de Benoit XVI)

 

Rappel du cours...


Le type cérébral, intense. Les CINQ ont un esprit alerte, perspicace, et curieux. Ils sont capables d'une grande concentration pour approfondir des idées et des connaissances. Indépendants et novateurs, ils peuvent aussi devenir préoccupés par leurs pensées et leurs constructions imaginaires. Ils deviennent alors détachés, tout en étant tendus et intenses. Ils ont typiquement des problèmes de tendance à l’isolement, d’excentricité, qui peuvent aller jusqu’au nihilisme.

Les CINQ qui évoluent à un niveau d’être élevé sont des pionniers visionnaires, souvent en avance sur leur temps et capables de percevoir le monde sous un angle complètement  nouveau.

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Commentaires: 1
  • #1

    Thierry (mercredi, 06 mai 2020 18:13)

    c'est très intéressant, Dorothée! j'ai lu cela en repensant aux caractéristiques du "cinq"..et on les retrouve, de manière presque caricaturales..ce qui n'empêche pas qu'on soit proche d'un "cinq" très élevé.
    Ne crois tu pas que ça aiderait les lecteurs peu avertis de disposer à la fin de ton étude d'un petit récapitulatif des caractéristiques du "cinq"?